La Vierge des Waidiers

Forteresse de foi et grand voilier d'hier,

Elle est de Samara l'élégante balise,

Exerçant sur les coeurs une harmonieuse emprise,

Elevant son printemps au milieu de l'hiver.

 

Son front comme falaise effarouche la mer,

Et le fanal couchant que sa rose ravise,

Fair rougir dans la craie une biblique frise,

Entre deux phares blancs qui transmutent l'éther.

 

Mais son corps cruciforme est tendu vers la proue

Et entre ses piliers sous la voûte s'ébroue

Comme un cri silencieux qui ouvrirait la nuit.

 

C'est au chant des Waidiers une vierge qu'on loue,

C'est l'aube qui jaillit, l'absurde qui échoue

Et c'est en perspective un sens qui se construit.

 

Proyart le 17/12/2017

 

 

 

L'austère cathédrale

La couleur est-ce un leurre et une enjolivure

Qui flatte le regard, dont le flot éblouit?

On voit mieux dans le soir où tout s'épanouit,

Où le clair en contraste offre une éclaboussure.

 

Et dans la perspective et l'austère structure,

D'une voûte gothique où l'art se réjouit,

C'est un monde intérieur que l'artiste enfouit

Tandis qu'un ton rop dit se lit comme une injure.

 

S'étirent les piliers qu'arrondissent les jours,

Et la rose fleurit dans le flou des contours,

Pendant qu'à l'est au loin, un avenir s'éveille.

 

Sous un ciel ogival couronnant leur pourtour,

Les verticales prient  en invoquant l'amour,

Et la lumière naît, au sein de la merveille.

 

Proyart le 18/12/2017

Alchimie et géomètrie

La cathédrale naît d'un monde mystérieux,

De parents Parthénon, dolmen et pyramide,

D''un lieu où le chrétien reçoit l'onction du druide,

Et le Père éternel, l'apport des autres dieux.

 

Or dans cette synthèse, unique sous les cieux,

Où c'est le nombre d'or qui en mètre préside,

La pierre se transmute en une âme splendide,

Dont l'élan se nourrit d'un espace harmonieux.

 

Associant la lumière aux forces telluriques,

Et l'art des bâtisseurs aux règles alchimiques

Pour former du grand'oeuvre un Graal glorieux.

 

Alors dans l'assemblée Eglise que l'on nomme,

Se crée un égregore, une psychée en somme,

Esprit philosophal et métal religieux.

 

Proyart le 21/12/2017

 

 

 

La craie de Picardie

Est écrit dans la craie, aux champs de Picardie,

Où la waide poussait, azurant le ciel gris,

De huit siècles le texte, harmonieux et concis,

Qui sculpte la beauté en une mélodie.

 

Sa Bible rend du sens à l'âme abâtardie,

Qui ne voit que l'absurde et ses salmigondis.

Son art ouvre la langue au goût de paradis,

Quand l'humble bâtisseur  à l'oeuvre se dédie.

 

Au pays de l' avoir, tout temple est superflu

Et dont l'être jaillit, comme un malentendu

Objet irrationnel, né de l'obscurantisme.

 

Et pourtant Notre Dame, animant la cité,

Domine encore Amiens de son autorité,

Balise salutaire empreinte d'héroïsme.

 

Proyart le 23/12/2017

 

 

 

Le grand oeuvre

La rime est le voûtain qui rythme ici la phrase,

Cherchant à suggérer l'émoi avec les mots,

Et la répétition structurant l'art des goths,

Est de la scolastique un élément de base.

 

Le poète cimente au mortier de l'emphase,

Dans la pierre sculptant quelques sonnets vieillots,

Geste de troubadours ou de fols camelots,

La voûte de ses vers aux piliers de l'extase.

 

Douze pilastres font un bel alexandrin

Et le chevet d'Amiens, s'ouvrit comme un écrin,

Bien avant que Ronsard n'ait célébré la rose.

 

La flèche s'écartèle à la fin du tercet,

Les boutants contrebutent en surlignant l'effet...

Et le verbe au sommet, de lumière s'arrose.

 

Proyart le 27/12/2017

 

 

Accoucmement cathédral

Flottant comme un drapeau dans le ciel amiénois

L'imposante façade est en asymétrie,

C'est une identité que chacun s'approprie,

Un espoir d'avenir au passé d'autrefois.

 

Entrons, passage étroit, et les goulets sont trois,

Pour naître dans l'ailleurs et la géométrie,

A travers une porte où la chair est meurtrie

Labyrinthe initial, source de nos émois.

 

Un tunnel s'ouvre alors, au delà et  filière,

Où s'éclaire  un chemin,  un sens pour le regard

Qui ose transmuter en destin le hasard.

 

Ici tout est serein et verticalité,

Confiance et espérance en l'immortalité,

Quand dans le choeur au loin, éclate la lumière.

 

Proyart le 27/12/2017

 

 

Près du fleuve assoupi

Près du fleuve assoupi, comme horizon picard,

Cette Dame au chevet qui rêgne verticale,

Estompant de beauté sa rigueur cléricale,

Invite vers le haut à lever le regard.

 

Ce sommet culminant du Waidier campagnard

Est du bleu dans le gris de la plaine morale,

C'est le gloire d'un lieu, d'Amiens la cathédrale,

Offrant au pèlerin son sublime étendard.

 

Caché dans les rapports, le nombre d'or préside,

Voulant que la raison reste fille d'Euclide

Mais fait que  la merveille échappe à toute loi.

 

S'ouvrant à l'intérieur en extase,  splendide

L'espace est si profond, qu'il en remplit le vide

Où déborde le choeur ébloui par l'émoi.

 

Le  Touquet le 14/O1/2018

 

 

Viatique

Monotone l'automne où le temps rétrécit,

Où la vie et le vent emportent l'espérance,

Où s'égare la nuit, absurde de l'errance,

Où s'épuise le feu qui s'éteint interdit.

 

La douleur se rappelle à l'oubli de l'esprit,

Vers un hiver obscur, hantis(m)e en l'occurrence.

Alors il faut fermer le huis à l'apparence

Et rentre à l'abri, hors de ce jour maudit.

 

Dedans s'ouvre un chantier, concret mais virtuel,

Perspective où bâtir un mental personnel,

Et où l'oeuvre permet la victoire morale.

 

Se trace un édifice, harmonieux essentiel,

Dont les traits verticaux regardent vers le ciel...

Et le rêve aboutit à une cathédrale.

 

Le Touquet le 21/01/2018

 

 

 

 

 

 

Variable la vie

Vois jouer le soleil dans la maîtresse vitre

Et du verre l'éclat, changer avec les jours,

Regarde la rosace éclairer ses contours

Et se dorer plus bas les stalles du chapitre.

 

La lumière est le Verbe et s'égare l'épître,

Quand l'ombre du remplage affirme aux alentours,

La relativité, des écrits, des discours,

Des doctrines des lois, des sciences et de la mitre.

 

Ainsi la vérité, change avec la couleur,

Et c'est dans l'incertain qu'elle acquiert sa valeur,

Dans le flou, l'imprécis où s'estompe le doute.

 

Variable la vie est donc feuille de route,

Celui d'un horizon vertical et vainqueur,

Le chemin de la nef progressant vers le choeur.

 

Proyart le 24/01/2018

Le merveilleux d'un univers ancien

Quand les temples se vident au pays de l'avoir,

Et que l'être ignoré est réduit en matière,

Quand l'art indésiré échoue au cimetière,

Des saisons en série où se perd tout savoir,

 

Quand l'algorithme rythme et conquiert le pouvoir,

Numérisant la vie et forçant la frontière,

Qui donnait à l'humain sa liberté altière...

Quand le risque zero, remplace le devoir,

 

Il reste ce témoin, ce vieux géant debout,

Qui porte haut le ciel de ses longs bras, au bout,

Et lance de ses arcs, sa flêche métaphore.

 

Pénétrons dans sa pierre et dans l'âge moyen,

Cachant le merveilleux d'un univers ancien...

Car dans le choeur d'Amiens, la voûte prie encore

 

Le Touquet le 28/01/2018

 

 

Ce que pense la pierre

Partout dans l'univers, vient sourdre la conscience,

Qui coule en l'animal et dedans l'eau qui dort.

Elle emplit l'arbre vert et même le bois mort,

Est l'onde du photon, quanta de même essence.

 

La pierre a comme l'homme, une âme qui le pense,

Mais qui point ne s'exprime à moins d'être support,

D'un message artistique, où vaisseau vers un port,

Telle la nef d'Amiens, elle chante en cadence.

 

Or un sens apparaît, ici à l'évidence,

Qui rythme hors du temps,les phrases d'un discours,

Dont les gothiques mots se tracent aux alentours.

 

Tout vibre en même accord et rime en assonance,

D'une même harmonie à travers chaque jour.

Les voûtains le répète en arquant leur contour.

 

Le Touquet le 30/01/2018

 

 

 

 

 

 

Ombre et Lumière

Sa cathédrale naît, lors de l'élan cathare,

Quand partent les croisés et brûlent les bûchers,

Dans le sang répandu, au pied d'autres clochers,

Qui ternit son berceau d'une tâche barbare.

 

Des lumières le siècle, heureusement répare,

L'erreur de ce royaume au parfum de péchés,

Alors on décapite en tous les évêchés,

La statue et l'humain, la couronne et la tiare.

 

Amiens est préservée, encor mais pas  après

Quand dans l'art de détruire on fit de gros progrès.

La ville en est témoin où survit  son symbole.

 

L'homme peut sublimer autant qu'anéantir.

Ma cathédrale prêche, il faut te convertir,

Choisir et adorer, la beauté comme idole.

 

Le Touquet le 04/02/2018

 

 

 

 

Chimères et gargouilles

Quand le temps coule lent, d'un larmier chancelant,

Quand le porche est impasse où se casse l'espace,

Les chimères du ciel ont un air de rapace

Et des gargouilles tombe un sanglot désolent.

 

La muse est fatiguée et boude le talent.

Pas de goût ni d'ardeur, de gaîté ni d'audace,

L'espoir est condamné à vivre à contumace

Et l'artiste sans art, déprime nonchalant.

 

Mais voici que la pierre et la voûte qu'il trace,

Elève son humeur où fleurit la rosace,

Et où l'arc au sommet, lutte contrebutant.

 

Le remplage s'écrit quand la haute verrière

Fait éclater la joie en offrant la lumière

Au peintre qui renaît dans le jour débutant.

 

Le Touquet le 10/02/2018

 

 

 

 

 

 

 

Souvenir d'une visite guidée

La cathédrale a froid, géante solitaire,

Donnant cette impression glaçante d'un tombeau

Où malgré ce sommet indicible du beau

Dedans l'hiver figé tout émoi vient se taire;

 

Meublant le choeur désert, seul un antiphonaire

Fait visiter les lieux, car est mort le bedeau,

Et le Chapitre aussi, Fabrique du joyau

Qui port d'éternité est huit fois centenaire.

 

Mais voici que s'anime un monde merveilleux,

Personnages de chêne ou gnomes malicieux,

Nés de l'art des huchers, des entailleurs d'images.

 

C'est Marie à Cana, et ce sont les Rois mages,

Joseph et Pharaon au temps des égyptiens,

C'est la Bible et l'été dans les Stalles d'Amiens

 

Le touquet le 17/02/2018

Les âmes d'autrefois

Quand les stalles chantaient les psaumes quotidiens,

La marance mettait le chanoine à l'amende,

Qui trop tard rejoignait le choeur à la demande

Du guidon annonçant les offices d'Amiens.

 

Derrière le jubé, caché des paroissiens,

Le chapitre régnant, nourri de la prébende,

Dès Laudes remplissait son église si grande

De répons en latin et de chants grégoriens.

 

De ces temps d'autrefois, ne reste que la trame,

Et l'art des entailleurs qui y ont mis leur âme,

Sculptant le mobilier comme un grand livre ouvert.

 

Alors, dès que la cloche appelle à la prière,

Tout un peuple de bois, vivante fourmillière,

S'anime et reprend le choral en concert.

 

Le Touquet le 18/02/2018

 

 

 

Dans le port d'Amiens

Cette nave gothique est d'une architecture

Dont l'arc est le pivot: formeret ou doubleau

Boutant ou bien voussoir, royaume du claveau,

Et qui lance l'ogive en haut de la structure.

 

L'espace a sabordé son haut mur gouttereau

Et deux barlongues tours contrebutent en bordure

Au coeur du port d'Amiens, l'arrière du vaisseau

Rayonnant dans un style où il a fière allure.

 

Sa proue est au chevet, sa mature est de gré,

Sa voilure un vitrail à l'étrave intégré,

Qui au soleil levant de mille teintes brille.

 

La force des arceaux qui entourent sa quille,

Fait jaillir dans le ciel, porté par trois palmiers,

Comme un trait de génie au dessus des larmiers.

 

Proyart le 20/02/2018

Au temps d'Auguste

La route qui joignait Luzarches et Cormont

Délaissant Honnecourt passait en Picardie.

Cétait au temps d'Auguste, âge qu'on répudie,

Où l'homme hortionnait déjà au port d'Amont.

 

La waide fournissait un bleu qui correspond

A la vierge sacrée, un bleu que lui dédie

Le chanoine orphelin, car dans un incendie,

Son temple disparu, il en rêve un second.

 

L'évêque est De Fouilloy et ouvre l'aventure

Qui va sacrer Amiens reine d'architecture

Du style de Suger, abbé de Saint Denis.

 

Huit siècles ont passés, les pastels sont ternis,

L'élan s'est patiné, pour cette cathédrale

Mais qui garde à la ville un air de capitale.

 

Proyart le 21/02/2018

Funérailles

La voûte se dressait, au deuil inaccessible,

Ses arc autant courbés qu'au passage d'un roi,

Les piliers alignés saluaient le convoi

Et le gisant rêvait d'un bronze incorruptible.

 

Loin des stalles en choeur qui psalmodiaient la bible

Et d'un bois étranger à ce grand desarroi

Une âme traversait le Styx dans l'effroi

En voyant de l'enfer briller l'attrait horrible.

 

Sorti du labyrinthe après un dur combat

Elle errait dans ce lieu, siège d'épiscopat,

Dont les roses sont trois couronnes mortuaires

 

Or ce fut l'harmonie éveillant son émoi

Qui put lui provoquer comme un regain de foi

A ce fantôme hantant les pierres solitaires.

 

Proyart le 25/02/2018

 

 

 

 

L'image d'un sommet en hiver

Sous l'austère harmonie et la froide beauté

De la pierre élégante, alignée et arquée

L'émotion dans la nef est au loin embarquée

Vers un point lumineux par son choeur piloté.

 

L'art règne ici plus haut que dogme et papauté,

Mais l'âme est dans ce style élégant impliquée

Par la force ascendante à la voûte appliquée

Où l'ogive apparaît comme une nouveauté.

 

 Dans cet élan glacé que chaque hiver impose,

L'absolu vient s'écrire ici dans une prose

Qui parle du soleil à travers son reflet.

 

Refusant le hasard que la science propose

Il fait jaillir la vie en une apothéose

Et lui donne pour sens l'image d'un sommet.

 

Proyart le 01/03/2018

 

 

 

La dame d'Amiens

L'extérieur n'est qu'un leurre, une nécessité

Appui et projection des forces de l'intime,

Créant la profusion dont mon goût est victime

De pinacles et d'arcs au sein de la cité.

 

L'essentiel est ailleurs, dans la félicité

D'une nef emportant mon émoi qui s'exprime

Sur un axe évident, rythmé comme une rime,

Microcosme de l'Un et de l'immensité.

 

Mais la pierre s'éreinte au choeur du labyrinthe

Et La somme des jours fait monter une plainte

Muette des  humains souffrant de cécité.

 

Or la voûte est si belle, indulgente et sereine

Que la Dame d'Amiens, la Vierge au port de reine

Vient célébrer dans l'art, l'espoir ressuscité.

 

Proyart le 04/03/2018

Vaisseau fantôme

Fuyant le quotidien, la nef au loin m'entraîne

Hors l'espace et l'instant, hors le triste et l'amer

Car ma toile est la voile au vent qui sur la mer

Fait écumer le flot de ma route incertaine.

 

Mon dessein est tracé, perspective lointaine,

Un point sur l'horizon enchâssé dans la chair,

Dont s'évade l'esprit, ivre comme l'éclair,

Que poursuit le pinceau vibrant à perdre haleine.

 

Ma cathédrale où donc surgissent les couleurs

Veut cacher à la rose, un petit ange en pleurs

Qui exprime  l'effroi d'un solennel silence.

 

Mon  oeuvre est  mon vaisseau, fantôme vers l'ailleurs,

Qui vient hanter ma nuit d'artiste rimailleur

Et crée en cette errance un relent d'espérance.

 

Proyart le 04/03/2018

 

 

 

 

 

 

 

Hier et aujourd'hui

Quand le mystère hantait jadis le merveilleux,

Avant que naisse un siècle ébloui de lumière,

Quand dans l'obscurité , la vérité première

Offrait à l'âme humaine un éclat silencieux,

 

Quand la voûte montait vers le plus haut des cieux,

Sa pierre arrondissant la rose vitrière,

Sous l'ogive à genoux, s'élevait en prière,

Des maçons bâtisseurs l'élan prodigieux.

 

On oublie à présent car incompréhensible

Cet étonnant discours de leur âme sensible

Qui commandait encore hier à la raison.

 

Tel un musée alors, trône la cathédrale,

Dont les touristes font des clichés en rafale

Et des selfies aussi sans la moindre oraison.

 

Proyar le 10/03/2018

 

 

 

 

Devant le chevalet

L'avenir est ouvert et vibre comme une onde,

C'est une toile blanche où rêvent nos amours,

Où se tisse un dessin, s'esquissent des contours.

Il s'effondre en réel dans l'instant qui le fonde.

 

C'est d'abord un élan, une quête féconde

Qui élève le coeur au faîtage des jours,

Et qui se contrebute aux piliers d'un discours,

Espoir sur l'horizon en point qui corresponde.

 

Pinacles et culées étayant le projet,

Hissent l'observateur au dessus de l'oblet,

Offrant à l'invisible un étonnant hommage.

 

Ici c'est sur un plan que la pierre s'écrit

Mais l''oeuvre aussi s'exprime  en âme et en esprit

Cathédrale d'Amiens projetée en image.

 

Flic En Flac le 16/03/2018

Galerie de personnages

J'ai rêvé d'ajouter, indigne ménestrel

-Chaque siècle laissant sa trace, son empreinte

Chargeant le mobilier ou modifiant l'enceinte-

Sur la Bible d'Amiens un texte personnel.

 

Or je ne suis Blasset, Le Duc ni Tarisel,

Christophle ennuageant de Gloire en demi teinte

L'angélique fatras, clairon d'une complainte,

Chantant l'art disparate où s'engonce l'autel.

 

Discret et virtuel est ce que j'y veux mettre,

Pour remplacer les rois, trop lassés d'apparaître,

En balcon où fleurit la rose de la mer.

 

C'est Bouddha, Spinoza, Kardec que je propose,

Jung, Bergson aussi et tout penseur qui ose,

Donner un sens, une âme à cet obscur enfer.

 

Flic En Flac le 18/03/2018

 

 

Des portails à la voûte;

Les trois porches sculptés en un texte imagé

Statuaire splendide ont des courbes caudines,

Forçant le mécréant sous le joug des doctrines

A incliner le front au gré d'un dur clergé.

 

Par ces têtes en rang, je me sens dérangé,

Tableau figuratif aux scènes célestines,

Tout y est asséné en vérités divines,

De lampe pas un cul ne peut être changé.

 

Heureusement la haut, s'épanouit la voûte,

Où se vit l'harmonie en un credo qui doute,

Car il n'est plus qu'émoi, indicible beauté.

 

Dans cet élan sacré, alors s'ouvre la route

De l'esprit en recherche et de l'âme à l'écoute,

Aimant la tolérance et la diversité.

 

Flic En Flac le 20/03/2018

La gouge et le rosaire

Dans l'assise de bois des chanoines d'Amiens

De geste la chanson ses imagiers s'égraine

Sous les dais flamboyants emmêlant leur antienne

Apocryphes reliefs de testaments anciens.

 

Un panneau réjouit la stalle des doyens:

Au coeur d'un jardin clos, où coule une fontaine,

Un poème fleurit comme le lys en plaine,

Et l'art dépasse ici les pieux dogmes chrétiens.

 

Le cantique célèbre un précieux spéculaire,

Une porte du ciel, matinale et stellaire,

La tour et la cité, la lune et le soleil.

 

Ce chêne enluminé à la bible pareil

Sculpte la vérité tant que l'imaginaire,

Les huchiers mélangeant la gouge et le rosaire.

 

Flic En Flac le 21/03/2018

Paradoxe d'Amiens

Dressant son large front, imposant et hautain,

Symbolique rempart de la ville éternelle

Dans l'ombre des croisés qui hantent encore icelle,

Son bouclier de pierre est seigneur suzerain

 

Pour celui qui ne craint qu'une poigne d'airain

Sous un gant de beauté et un gré de dentelle,

Prenne sa liberté et séant l'encastèle

Où rejoue au parvis le crime de Caïn.

 

Ode à la tolérance offrant sa voûte immense

Chemin dans l'intérieur où notre âme se pense,

La nef est au contraire un univers serein.

 

Ici tout est splendeur, respect du coeur humain,

Qui vibre en harmonie et s'ouvre en cette alliance

De l'art et de l'esprit montant vers l'excellence.

 

Flic En Flac le 22/03/2018

Métaphore en cathédrale

Les yeux en cet endroit s'élèvent tôt ou tard,

La raison et l'émoi viennent croiser leur route

En joignant leur ogive au sommet de la voûte

Et ouvrent d'une clef le chemin du regard.

 

Puis l'âme accompagnant le vécu de cet art,

Ressent dans cet pierre une force dissoute

Montant dans le pilier que l'arche contreboute,

Et qui transmute en or le métal de départ.

 

Comme dans l'alchimie au sein d'un égrégore,

La divine harmonie en ce lieu s'élabore,

Sur un axe tracé reniant le hasard.

 

L'encens vient colorer l'esquisse de son nard

Quand l'orgue la transcrit de sa plume sonore

Fleurissant mon sonnet avec la métaphore.

 

Flic En Flac le 22/03/3018

Le mendiant de la cathédrale

Au portail saint Firmin, il y a un mendiant.

On doit passer devant au gué d'un sombre porche

Pour entrer dans ce lieu que sa présence écorche,.

Côtoyer cet exclus est ma foi contrariant.

 

J'étais venu chercher dans ce havre édifiant

Cette sérénité émanant de la force

Qui monte des piliers, sève sous leur écorce,

Quand mon coeur hoqueta, sorti du charme ambiant.

 

 

Suscitant la pitié, ce malin nous extorque!

Mais face au miséreux, ma conscience rétorque

Qu'on fête en ce pays l'acte de saint Martin.

 

Et que l'art de céans, si riche je l'accorde,

S'inspire de Jésus, de sa miséricorde

Qui défendait le pauvre et même la catin.

 

Flic En Flac le 23/03/2018

 

 

L'autre chemin

Quand l'homme en la raison réduit l'Inconnaissable,

La doctrine le fige en une religion,

Où la vie et pêché et les règles légion,

Le plaisir est suspect et le doute haïssable.

 

Alors, au sein de murs, il cimente  le sable

Mouvant qui échappait libre à l'obligation.

Il bâtit et ses forts sont une négation

De l'Amour révélé d'un Etre chérissable.

 

Par un autre chemin, l'Eglise quelquefois,

Retrouve le divin au coeur d'autres émois,

En exprimant dans l'art chaque vertu morale.

 

Ainsi en pénétrant dans notre cathédrale,

On ressent l'infini comme l'éternité,

Et cette intuition vaut plus que vérité.

 

Flic En Flac le 24/03/2018

Le temps de la cathédrale

Construite avant hier qui croulera demain

-Car nourri de l'instant, tout passe en cette vie-

Quoique en elle éternelle existe l'harmonie,

Qu'on perçoit aujourd'hui, furtif contemporain.

 

La beauté hors du temps attire l'être humain

Et transporte son âme en une symphonie

Dans l'extase comblant la pulsion assouvie

De perfection la soif ou d'absolu la faim.

 

Si la pierre s'effrite et finit en poussière

L'esprit qui la conçoit échappe au cimetière

En vécu créateur des mondes quotidiens.

 

Image fabuleuse, altérable et altière,

J'y retrouve en tes murs l'émotion coutumière

Et ma durée en meurt au fond du choeur d'Amiens;

 

Flic En Flac le 24/03/2018

Le rêve d'Icare

Prisonnier de l'urgence au chevet d'un projet,

Rêve à réaliser dans une heure incertaine,

J'élude de l'instant la mort contemporaine

Pour vivre l'avenir en peignant le sonnet.

 

Elan venu d'ailleurs, la nef est mon sujet,

Vaisseau de cathédrale et flêche de misaine,

Où l'art comme un grand vent inspire souffle entraîne

Vers un probable port aux rives sans regret.

 

Mais à monter trop haut l'oeuvre risque la chute!

Si Tarisel hier empêcha la culbute,

Du labyrinthe Icare encor veut s'évader.

 

Il préfère brûler plutôt que s'attarder,

Sans espoir, sans après, enfermé dans la nasse

Alors que le soleil éclaire la rosace.

 

Flic En Flac le 26/03/2018

Ma folie cathédrale

Je décline des maux qui dansent dans ma tête,

Obsession d'un sujet que j'esquisse sans frein,

Toujours la même idée et le même refrain,

En éternel chemin où s'étourdit ma quête.

 

Dans un tableau figé, s'enferme le poète,

Assonant ses sonnets tercet après quatrain,

Au rythme d'un discours en claveaux de voûtain,

Symbole d'un combat et d'une force inquiète.

 

Prisonnier de la forme et rêveur d'infini

Je me sens à l'écart et marginal honni

Qui ressasse en son oeuvre une folie égale.

 

Donc le demande asile avec plume et pinceau

Pour finir à l'abri entre voûte et rinceau

Dans le sein maternel qu'est mienne cathédrale.

 

Proyart le 31/03/2018

 

 

 

 

Réalisé par Nalis